Un village désertique au cœur de l'Ardèche où quelques réfractaires d'une économie desséchée cohabitent. Un jeune autiste en recherche d'un père fantôme comme dans un western de Gary Cooper. Toute une poésie qui sublime les rapports humains d'un univers misérable mais riche. Une richesse qui s'exprime à la fois dans les utopies et la violence réaliste des sentiments. Un film qui dont émane une éthique lyrique et onirique sidérantes. Il évoque la fin d'une culture ouvrière, la dégradation des liens familiaux, l'espérance du progrès fantasmé et la substitution de la religion sur le politique. Ce film devait être un court-métrage et nous balade durant une heure quinze avec Bacri très retenu dans son rôle. Il joue avec un minimalisme dont il extrait la quintessence du personnage. Du grand Bacri qui est également co-producteur de ce film.
Les autres comédiens sont aussi de grandes pointures. Leur parler vrai donne un réalisme brutal aux séquences. Toute cette narration stylistique qui façonne avec une vérité dérangeante une certaine misère commence par la symbolique d'une voiture qui sort d'un tunnel pour rouler sur les rails du destin. Un petit chef d'œuvre difficile à résumer. Il suffit d'aller le voir pour croire encore et toujours aux potentialités indicibles de l'être Humain. Un excellent film que je recommande à ceux qui veulent penser la vie, panser l'existence. De la poésie pure d'un réalisme tellement fort qu'il nous prend dans sa danse sociologique, sans le dire.
Bruno LEROY.