Cauchemar de nostalgie...
C’est entendu, la nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Voici une vingtaine d’années, le Comptoir, animé par le trublion Marcel Chiche, était un spot des Halles, à la fois bon, trendy et chaleureux.
Marcel n’est plus là et l’endroit s’appelle désormais le Comptoir Paris Marrakech. Poussé par une nostalgie de mauvais aloi, j y suis retourné dans la torpeur estivale. L’occasion d’un sketch détestable dans un bistrot aux trois quarts vide.
Scène 1. Je commande un pot de brouilly (18 euros) qui arrive, 15 mn après, glacé comme du coca. Je demande gentiment du brouilly à température.
Scène 2. Le même serveur me rapporte, un quart d’heure plus tard, le même brouilly congelé, en lançant « on n’a pas autre chose, vous n’avez qu’attendre qu’il se réchauffe ». Une coupable paresse nous empêche de nous enfuir.
Scène 3. J’insiste pour commander un autre vin, un cote du Rhône (18 euros le pot) qui arrive, encore un quart d’heure plus tard, absolument imbuvable. Le vin a tourné sans doute victime d’un coup de chaud. Mon compagnon d’infortune se lève pour signaler le désastre et réclamer un changement de bouteille mais sans succès. Aucun succès non plus avec mon SOS à la jolie serveuse, qui possède un je-ne-sais-quoi de Carey Mulligan.
Scène 4. Voilà précisément une heure que j’essaie, en vain, de boire un vin correct. Pour éviter des mots et d’éventuels dérapages, une répugnante lâcheté me pousse alors à glisser 20 euros à la serveuse, qui n’a plus rien de Carey mais tout d’une odieuse serveuse parisienne, puis à quitter les lieux.
Dis, Marcel, mais à qui donc as-tu confié les clés de la nostalgie ?
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