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"Heureusement que Jeremy attend à l'autre bout du film avec ses myrtilles !"
Techniquement, c'est toujours merveilleux à regarder, filtres divers débouchant sur un esthétisme sans faille, formes mouvantes, couleurs mordorées, flous et fondus donnant l'impression d'une caméra frôleuse ménageant son monde, crème jusque sur les lèvres d'un visage endormi sur toute la largeur de l'écran : une sensualité ciselée, juste un peu de sang ramenant aux dures réalités quotidiennes. Reconnaissons que chaque plan reste une petite oeuvre d'art, la marque Wong-Kar-Waï est là, ah, s'il n'y avait que Jude et Norah comme acteurs américains, ça irait encore côté accent, ils ont un parler sobre... J'ai déploré celui, traînassant, de Rachel Weisz et Natalie Portman, massacre du charme asiatique du maître par américanisation à outrance, les clichés de couple mari éploré aviné radotant sur ses jetons, fifille initiée au casino par papa, des aspects appuyés sabotant en cours de route toute l'entreprise... Sinon, les traits purs de Norah Jones et sa voix suave parlée sont bien mis en valeur, nul doute qu'elle est sacralisée ici, même si elle chante à peine en arrière-plan, le couplet "The Greatest" de la rugueuse et convaincante Cat Power venant la relayer de sa voix rauque (et une trop brève apparition comme ex du Monsieur qui fume dehors dans le froid)... Bref, on sait que le lumineux Jude Law attend à l'autre bout du film avec ses clés et ses myrtilles, ça aide à supporter "le creux" pour raison de scénario ultra plat, ce périple dans la déchéance qui instruit est un peu léger... Si bien que quand les deux amoureux fondent enfin sur le bar, tête-bêche, on a l'impression d'arriver au port... L'atmosphère reste envoûtante, mais la magie asiatique s'est diluée, par excès d'américanisation. Dommage, car Jude Law, Norah Jones et Cat Power auraient donné un brillant huis-clos à eux trois, encore eût-il fallu une bonne histoire...
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