Premières minutes du film et première réflexion : Spielberg, le Spielberg, vient de nous pondre un film au parti pris invraisemblable, écœurant. J'ai peur, pendant près de 3h, d'assister à un combat manichéen érigeant la blanche Israël face à la noire Palestine. Après tout, c'est vrai, qui a commencé le premier, qui a flingué les athlètes juifs ?
Puis les minutes passent, on s'attache malgré tout aux protagonistes, et finalement leur dessein devient presque aussi le nôtre. Puis la contrariété nous gagne alors que l'équipe se disloque, coups du destin... Mais alors, ça y est ? Devons-nous, nous aussi, haïr l'autre peuple ? Peu à peu, l'esprit critique fait le reste : israëliens, palestiniens, l'histoire est transposable pour chacun. La loi du Talion est outrageusement surexploitée : les athlètes sont morts, mais leurs tortionnaires aussi, on venge l'honneur avant les personnes, le concept avant le conscient, mais psyché et soma y laissent leurs plumes, peu importe le camp, sans fin... Alors forcément, on apercevra un peu de barbaque, mais rien d'excessif, mesuré, sinon faut rester à McGuyver. Si être terroriste c'était faire du point de croix... Pour finir, malgré les commentaires de certains, j'ai trouvé le traitement de la photo particulièrement intéressant, une lumière volontairement inégale pour souligner certains instants-clefs de la narration : "le jardin d'Eden", "la réalité insupportable", "l'incrédulité du moi"... qui nous éclairent sur les conditions d'Avner. Peu importe les libertés historiques (déclarées !), ce film est avant tout un furieux réquisitoire pour la paix, et tant pis pour les imbéciles.