J’avais connu un Klapisch (certes un peu tard), dans la justesse crue et dérangeante d’Un air de famille, je le retrouve dans un pseudo film chorale qui se révèle en fait être un canevas mal cousu. Romain Duris, acteur fétiche, double du réalisateur devant une caméra neurasthénique campe un danseur de cabaret malade du cœur, manifestement condamné, qui laisse filer les derniers grains de son sablier à contempler sa ville d’en haut, du dernier étage de son immeuble manifestement pas si populaire que ça.
Pour Klapisch comme pour Duris, l’imminence de la mort met soudain en valeur la vie. Les vies. C’est alors que le spectateur est confronté à un kaléidoscope de personnages, qui vivent des expériences nucléaires donc caricaturales, et qui se révèlent être en fait une énumération de types parisiens où toute psychologie n’est toujours qu’esquissée.
Klapisch fait voir à son personnage principal la ville du haut de son perchoir, et le fait fantasmer sur ses vies putatives soutenu par le parapet de son balcon, mais c’est bien le réalisateur qui voit la vie d’en haut. Quel message cherche-t-il à nous délivrer, ou à se délivrer à lui-même : qu’il faut vivre chaque instant comme si c’était le dernier ? Que, pour paraphraser Duris lorsque le taxi l’emmène à l’hôpital pour une greffe inespérée, nous ne sommes tous qu’une bande de râleurs qui n’avons pas conscience d’avoir la chance d’être vivants ? Soit.
Mais pour nous faire arriver à cette conclusion peut-être salvatrice bien qu’un peu facile dans le monde dans lequel on vit, encore faudrait-il instiller un tant soit peu d’optimisme dans ce film qui brasse les poncifs comme le spectateur (au final), sa morosité : Juliette Binoche en assistante sociale paumée, filmée par une caméra blafarde, la quarantaine défraîchie et empâtée ; Lucchini en universitaire névrosé tendance sociopathe (trouvez-m’en un qui ne le soit pas), et Paris, j’insiste, qui vole la vedette à Duris par son omniprésence, sa grisaille qui s’engouffre dans toutes les brèches que le film tente d’ouvrir.
Non, résolument, si j’avais dû cultiver une certaine forme de gourmandise pour la vie, ou l’évidente conscience que chacun de mes jours peut être le dernier, il eut mieux valu que tout ceci préexiste à la vision du film de Klapisch, parce que dans ce long métrage à l’émotion factice, sauf en pêchant par naïveté (et ça m’arrive régulièrement), je ne peux adhérer à rien. sauf peut-être à une émotion fugace, parce que le pathos est difficile à contourner lorsqu’il est servi chaud sur grand écran dans salle obscure.
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